L'immobilier américain en criseedito du 19 mars 2007Edito du 19 mars 2007
Après l’alerte provoquée par la chute du marché chinois il y a quelques jours, c’est maintenant au tour de l’immobilier aux Etats Unis , et plus particulièrement à la crise des sociétés de crédits sur biens immobiliers de faire vaciller la planète Bourse.
La crise des « subprimes mortgage » peut elle se propager à l’ensemble du secteur bancaire ? Comporte t’elle un risque systémique ? Peut elle être le détonateur d’une nouvelle crise boursière ? Revenons un instant sur les causes de cette crise. En quelques jours le monde entier s’est subitement passionné pour le feuilleton de la faillite de New Century Financial, leader US des prêts hypothécaires à risque. Malgré son historique relativement court (11 années d’activité), cette société a accordé pour 59,8 milliards de dollars de crédits en 2006, contre 6,3 milliards cinq ans plus tôt, en se spécialisant sur une niche : le subprime . Problème : aujourd’hui elle ne peut plus faire face à ses engagements. Le segment « subprime », au contraire du marché « prime », catégorie d’investisseurs ayant connu peu de défaut de paiements sur cartes de paiement ou opérations financières antérieures correspond à des emprunteurs ayant connu plusieurs défauts de paiement par le passé. Cela revient donc à accorder des crédits à des personnes considérées chez nous « interdits bancaires ». Toute peine méritant salaire ou plutôt tout risque se devant d’être plus fortement rémunéré, ces prêts « subprime » sont réalisés à des taux supérieur à la normale, de l’ordre de 2%. Afin de ne pas supporter seul le risque de défaillance de ces emprunteurs souvent déjà sur la corde raide, des courtiers spécialisés négocient ces prêts et les revendent ensuite à des grandes banques ou sur les marchés par titrisation. On compterait environ 8000 « mortgages brokers » spécialisés dans ces opérations de courtage. Face à la montée des taux d’une part, et à la chute des prix de l’immobilier d’autre part, ces organismes se trouvent pris à un double piège : montée du risque de défaut de paiement (2.5% des emprunteurs n’ont pu payer leur première échéance dès la fin 2006 !) et impossibilité de trouver de nouvelles lignes de crédit, ce qui a conduit New Century à stopper toute offre de nouveaux prêts …et à se mettre sous la protection de la loi américaine sur les faillites, le fameux chapitre 11 ("chapter eleven"). Existe t’il un risque de contagion au reste de l’économie ?
Il est probable que ce marché du subprime continue à se détériorer dans les mois à venir pour trois raisons principales : premièrement, ces prêts contractés étant la plupart du temps à taux variable, la remontée des taux courts va renchérir le coût du crédit, augmentant de fait le risque de défaillance de ménages qui se trouvent déjà dans des situations précaires. Deuxièmement, la chute des prix de l’immobilier rend difficile une revente ou un refinancement de la propriété (par le mécanisme du crédit rechargeable, très utilisé aux Etats Unis). Troisièmement, le marché de l’emploi qui se tend progressivement risque de conduire à une augmentation du nombre de défauts de paiement, la perte d’emploi étant le premier facteur de risque.
Sur les 10 000 milliards de dollars de dette hypothécaire américaine (3/4 dur PIB) le marché du subprime représente environ 6 millions de prêts soit 1300 Milliards de dollars selon la Mortgage bankers association. Certes ce marché va subir une violente correction, mais il ne représente que 13% du total. Le véritable risque est ailleurs : c’est le risque psychologique. Il est donc vital de suivre le moral des ménages américains afin de détecter une éventuelle crise de confiance : si le ménage américain devient frileux, et décide de freiner sa consommation, le risque est réel au niveau macro-économique : la contraction de la demande entraînerait une contraction de l’emploi et pourrait à terme conduire à la récession. Nous n’en sommes pas là. Cependant dans un marchés actions déjà tendu et menés par des investisseurs rendus nerveux après cinq années consécutives de hausse, la prudence s’impose. Mardi 20 Mars 2007
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